{"id":125371,"date":"2026-09-14T10:50:31","date_gmt":"2026-09-14T10:50:31","guid":{"rendered":"https:\/\/essada.info\/fr\/?p=125371"},"modified":"2026-09-14T10:50:31","modified_gmt":"2026-09-14T10:50:31","slug":"le-monstre-mauritanien-chronique-dun-pillage-annonce","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/essada.info\/fr\/index.php\/2026\/09\/14\/le-monstre-mauritanien-chronique-dun-pillage-annonce\/","title":{"rendered":"Le Monstre mauritanien:\u200b\u200b\u200b\u200b\u200b\u200b\u200b Chronique d&rsquo;un pillage annonc\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Durant des milliers d&rsquo;ann\u00e9es, l&rsquo;oc\u00e9an Atlantique a v\u00e9cu au large de nos c\u00f4tes selon un ordre que rien ne semblait pouvoir d\u00e9faire. Les vagues, les mar\u00e9es et les saisons y composaient une partition immuable.<\/p>\n<p>Tout le long du littoral mauritanien, l&rsquo;upwelling \u2014 ce prodige de courants froids remontant des profondeurs pour ensemencer la surface \u2014 nourrissait l&rsquo;une des cha\u00eenes alimentaires les plus f\u00e9condes de la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>Des poissons venus des quatre coins de l&rsquo;oc\u00e9an convergeaient vers ces eaux comme vers une terre promise : les thons dans leurs grandes migrations, les courbines par bancs entiers, les mulets dont les nuages argent\u00e9s obscurcissaient les fonds, les sardinelles innombrables qui faisaient vivre tout ce qui nage, tout ce qui vole, tout ce qui plonge. Ils venaient s&rsquo;y r\u00e9fugier, s&rsquo;y nourrir, s&rsquo;y reproduire. La Mauritanie n&rsquo;\u00e9tait pas seulement riche en poissons ; elle \u00e9tait l&rsquo;une des matrices de l&rsquo;oc\u00e9an.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait compter sans le monstre.<br \/>\nIl n&rsquo;est pas sorti des abysses, celui-l\u00e0. Il est sorti du d\u00e9sert. Il ne poss\u00e8de ni tentacules ni m\u00e2choires d\u00e9mesur\u00e9es \u2014 simplement des filets sans fin, des licences distribu\u00e9es comme des poign\u00e9es de dattes, et un app\u00e9tit que rien ne rassasie. Le monstre, c&rsquo;est nous.<\/p>\n<p>Le Mauritanien, qui a re\u00e7u en h\u00e9ritage l&rsquo;un des garde-manger les plus g\u00e9n\u00e9reux du monde, et qui a r\u00e9ussi ce tour de force remarquable : vider en quelques d\u00e9cennies ce que la nature avait mis des mill\u00e9naires \u00e0 remplir. Il faut lui reconna\u00eetre ce talent. D&rsquo;autres civilisations ont b\u00e2ti des cath\u00e9drales, des biblioth\u00e8ques, des empires. Nous, nous avons b\u00e2ti le silence sous l&rsquo;eau.<\/p>\n<p><strong>Le constat que plus personne ne conteste<\/strong><\/p>\n<p>Interrogez qui vous voudrez. Le p\u00eacheur sportif qui fouette l&rsquo;\u00e9cume d&rsquo;Arkeiss depuis des heures sans une touche, l\u00e0 o\u00f9 son p\u00e8re ne savait plus o\u00f9 donner de la canne. Le surfcaster qui rentre bredouille de plages jadis miraculeuses. Le piroguier qui doit pousser toujours plus loin, br\u00fbler toujours plus de carburant, risquer toujours plus sa vie pour ramener toujours moins.<\/p>\n<p>L&rsquo;armateur qui regarde ses comptes s&rsquo;enfoncer dans le rouge. Tous tiennent le m\u00eame discours, et c&rsquo;est peut-\u00eatre la seule unanimit\u00e9 nationale que nous ayons su produire : il n&rsquo;y a plus de poisson.<\/p>\n<p>Le signal le plus cruel ne vient d&rsquo;ailleurs pas de nous, mais des autres. Des flottes \u00e9trang\u00e8res, qui avaient travers\u00e9 des oc\u00e9ans entiers pour venir puiser dans nos eaux, commencent \u00e0 plier bagage. Non par vertu \u00e9cologique soudaine \u2014 n&rsquo;exag\u00e9rons pas leur conversion \u2014 mais pour une raison autrement plus implacable : ce n&rsquo;est plus rentable.<\/p>\n<p>Quand m\u00eame les pr\u00e9dateurs industriels, ces machines \u00e0 ratisser les fonds, jugent qu&rsquo;il ne reste plus assez \u00e0 prendre pour couvrir leurs frais, c&rsquo;est que le pillage a atteint son terme logique. On ne d\u00e9serte pas un festin. On d\u00e9serte une table vide.<\/p>\n<p><strong>Les pr\u00e9dateurs venus d&rsquo;ailleurs<\/strong><\/p>\n<p>Mais le monstre ne travaille pas seul. Il a ouvert grand les portes, et par ces portes sont entr\u00e9s des convives d&rsquo;un genre particulier. Chinois, Turcs, \u00c9gyptiens et tant d&rsquo;autres \u2014 des flottes venues de loin, pour qui la Mauritanie n&rsquo;est ni une patrie, ni un h\u00e9ritage, ni un avenir.<\/p>\n<p>Juste un gisement. On ne peut d\u00e9cemment pas leur demander un attachement patriotique \u00e0 des eaux qui ne sont pas les leurs, ni une conscience \u00e9cologique pour des ressources dont ils ne verront jamais l&rsquo;agonie de pr\u00e8s. Ils sont venus avec un objectif d&rsquo;une clart\u00e9 limpide : pr\u00e9lever le maximum, au moindre co\u00fbt, le plus vite possible.<\/p>\n<p>Et il faut leur reconna\u00eetre un savoir-faire consomm\u00e9. Rompus aux m\u00e9caniques de la corruption, ils en connaissent chaque rouage, chaque faille, chaque guichet complaisant. Ils savent \u00e0 quelle porte frapper, quelle main serrer, quel silence acheter.<\/p>\n<p>Ils exploitent nos faiblesses institutionnelles avec la m\u00eame m\u00e9thode qu&rsquo;ils exploitent nos fonds marins \u2014 syst\u00e9matiquement, industriellement, jusqu&rsquo;\u00e0 \u00e9puisement. Et le jour o\u00f9 il ne restera plus rien, ils l\u00e8veront l&rsquo;ancre sans un regard en arri\u00e8re, sans le moindre scrupule, vers d&rsquo;autres eaux \u00e0 vider, laissant derri\u00e8re eux un d\u00e9sert liquide qui r\u00e9pondra enfin au d\u00e9sert de sable.<\/p>\n<p>Eux repartiront. Nous, nous resterons \u2014 face \u00e0 ce vide. C&rsquo;est bien pourquoi le devoir de veiller sur cette richesse ne peut incomber qu&rsquo;\u00e0 nous. Personne ne prot\u00e9gera \u00e0 notre place ce que nous seuls avons vocation \u00e0 transmettre.<\/p>\n<p><strong>Les usines qui broient la mer<\/strong><\/p>\n<p>Et puis il y a cette invention dont le cynisme force presque l&rsquo;admiration : les usines de farine de poisson. Le principe en est d&rsquo;une simplicit\u00e9 biblique \u2014 prendre du poisson vivant, le broyer, le r\u00e9duire en poudre, et exp\u00e9dier cette poudre nourrir les \u00e9levages d&rsquo;autres continents. Le g\u00e9nie de la chose, c&rsquo;est qu&rsquo;elle abolit toutes les questions. Quelle esp\u00e8ce ? Peu importe.<\/p>\n<p>Quelle taille ? Aucune importance. Juv\u00e9niles qui n&rsquo;ont jamais eu le temps de se reproduire, esp\u00e8ces prot\u00e9g\u00e9es, poissons nobles ou fourrage \u2014 tout entre dans la machine, tout ressort en farine. Le broyeur ne trie pas, le broyeur broie.<\/p>\n<p>Ces usines sont une double catastrophe. \u00c9cologique d&rsquo;abord : elles polluent l&rsquo;air et les c\u00f4tes qui les entourent, empestent des quartiers entiers, rejettent leurs effluents dans cette mer m\u00eame qu&rsquo;elles vident.<\/p>\n<p>Halieutique ensuite, et surtout : en transformant indistinctement tout ce qui nage en poudre d&rsquo;exportation, elles ont industrialis\u00e9 la destruction, court-circuit\u00e9 tout espoir de renouvellement, et transform\u00e9 le patrimoine d&rsquo;un peuple en aliment pour poissons d&rsquo;\u00e9levage \u00e9trangers. On aura rarement vu un pays organiser avec autant d&rsquo;efficacit\u00e9 la liquidation de son propre garde-manger pour remplir celui des autres.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;oc\u00e9an comme d\u00e9charge<\/strong><\/p>\n<p>Et comme si l&rsquo;\u00e9puisement ne suffisait pas, nous avons ajout\u00e9 l&rsquo;outrage \u00e0 la spoliation. Nos c\u00f4tes sont devenues un cimeti\u00e8re flottant. Des filets perdus, abandonn\u00e9s, arrach\u00e9s, d\u00e9rivent au gr\u00e9 des courants comme des linceuls invisibles.<\/p>\n<p>On les appelle les filets fant\u00f4mes, et le nom est juste : ils continuent de tuer longtemps apr\u00e8s que leurs propri\u00e9taires les ont oubli\u00e9s. Ils \u00e9tranglent les tortues marines qui remontent respirer. Ils noient les dauphins. Ils mutilent tout ce qui a besoin de surface et d&rsquo;air, tout ce qui vit et qui, pour vivre, doit pouvoir remonter.<\/p>\n<p>Et aux filets s&rsquo;ajoute tout le reste. Les d\u00e9chets arrivent de deux fronts, comme dans une guerre bien coordonn\u00e9e. De la terre d&rsquo;abord : chaque week-end, les plages se couvrent de familles, et chaque week-end les familles repartent en laissant derri\u00e8re elles bouteilles en plastique, sacs, emballages, restes de toutes sortes \u2014 offrandes d\u00e9risoires que la mar\u00e9e emporte consciencieusement vers le large.<\/p>\n<p>De la mer ensuite : les navires eux-m\u00eames jettent par-dessus bord cordages, bidons, huiles et d\u00e9tritus, comme si l&rsquo;immensit\u00e9 de l&rsquo;oc\u00e9an garantissait l&rsquo;impunit\u00e9 de l&rsquo;outrage.<\/p>\n<p>Entre ce qui descend des plages et ce qui tombe des ponts, nous avons r\u00e9ussi \u00e0 transformer l&rsquo;un des littoraux les plus majestueux du monde en une v\u00e9ritable poubelle \u00e0 ciel ouvert. La mer dig\u00e8re nos d\u00e9chets avec une patience de condamn\u00e9e, mais elle rend les corps sur nos plages, comme autant d&rsquo;accusations muettes que nous enjambons sans les voir.<\/p>\n<p><strong>Le repos biologique, cette fiction administrative<\/strong><\/p>\n<p>Il existe pourtant, sur le papier, des garde-fous. Des p\u00e9riodes de repos biologique, cens\u00e9es offrir aux esp\u00e8ces une tr\u00eave pour se reproduire, pour reconstituer ce que nous pr\u00e9levons. Sur le papier, disais-je \u2014 car c&rsquo;est bien l\u00e0 que ces mesures vivent leur vie la plus intense : sur le papier. Dans l&rsquo;eau, la r\u00e9alit\u00e9 est autre.<\/p>\n<p>Les pauses ne sont pas respect\u00e9es, ou si peu. Les contr\u00f4les se contournent, les regards se d\u00e9tournent, et la corruption fait le reste, huilant les rouages de la pagaille avec une efficacit\u00e9 que l&rsquo;on aimerait voir appliqu\u00e9e \u00e0 la protection de la ressource. Nous avons invent\u00e9 un syst\u00e8me admirable : des lois pour la conscience, des passe-droits pour la pratique. Le poisson, lui, ne conna\u00eet pas nos subtilit\u00e9s juridiques. Il sait seulement qu&rsquo;on ne le laisse m\u00eame plus se reproduire en paix.<\/p>\n<p><strong>Le paradoxe mauritanien<\/strong><\/p>\n<p>Et au milieu de ce naufrage organis\u00e9, il fallait bien une absurdit\u00e9 de plus pour parfaire le tableau. La voici : pendant que les chalutiers \u00e9trangers ratissent et que les broyeurs tournent jour et nuit, c&rsquo;est au p\u00eacheur amateur, au p\u00eacheur traditionnel \u2014 le seul dont le pr\u00e9l\u00e8vement est d\u00e9risoire et l&rsquo;attachement sinc\u00e8re \u2014 que l&rsquo;on met des b\u00e2tons dans les roues.<\/p>\n<p>Les zones de p\u00eache se ferment une \u00e0 une, les acc\u00e8s se verrouillent, se compliquent, se grillagent. On fait tout pour d\u00e9courager celui qui voudrait simplement prendre plaisir \u00e0 sortir un poisson de l&rsquo;eau, le ramener chez lui, le partager avec sa famille et ses voisins \u2014 ce geste imm\u00e9morial qui est peut-\u00eatre le rapport le plus sain qu&rsquo;un homme puisse entretenir avec la mer. Lui, on le bloque. Les autres, on les accueille.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat de cette politique \u00e0 l&rsquo;envers se lit sur les \u00e9tals : les march\u00e9s de poisson sont quasi vides, et ce qui s&rsquo;y trouve encore atteint des prix qui feraient rougir les poissonneries europ\u00e9ennes. Dans un pays r\u00e9put\u00e9 parmi les plus poissonneux du monde, le poisson n&rsquo;est plus accessible \u00e0 monsieur tout le monde. Il faut mesurer l&rsquo;exploit : nous exportons notre mer en farine et nous n&rsquo;avons plus les moyens d&rsquo;en manger.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;autre voie : la mer comme trait d&rsquo;union<\/strong><\/p>\n<p>Il existe pourtant un autre mod\u00e8le, et il n&rsquo;a rien d&rsquo;utopique \u2014 il fonctionne sous nos yeux, en Espagne, dans les pays du Golfe, dans des dizaines de pays qui ont compris qu&rsquo;une mer vivante rapporte plus qu&rsquo;une mer morte.<\/p>\n<p>Ce mod\u00e8le, c&rsquo;est le tourisme de p\u00eache. Des marinas, des pontons, des infrastructures qui permettent \u00e0 de petites embarcations et \u00e0 des bateaux de p\u00eache d&rsquo;organiser des excursions en mer, mat\u00e9riel fourni, encadrement compris.<\/p>\n<p>Des familles, des groupes d&rsquo;amis, des curieux qui n&rsquo;ont jamais tenu une canne montent \u00e0 bord le matin et reviennent le soir transform\u00e9s \u2014 car on ne regarde plus jamais la mer de la m\u00eame fa\u00e7on apr\u00e8s y avoir p\u00each\u00e9.<\/p>\n<p>Les b\u00e9n\u00e9fices d&rsquo;un tel mod\u00e8le se comptent sur tous les plans. \u00c9conomique, d&rsquo;abord : ces activit\u00e9s g\u00e9n\u00e8rent des revenus, des emplois, une fili\u00e8re enti\u00e8re \u2014 guides, loueurs, artisans, restaurateurs. Mais le b\u00e9n\u00e9fice le plus pr\u00e9cieux est ailleurs. Faire d\u00e9couvrir la p\u00eache, c&rsquo;est cr\u00e9er un lien.<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce lien qui nous manque : les gens ne prot\u00e8gent que ce qu&rsquo;ils connaissent, et ne connaissent que ce qu&rsquo;ils ont touch\u00e9. Celui qui a vu un poisson jaillir de l&rsquo;eau au bout de sa ligne, qui a senti la fragilit\u00e9 de cet \u00e9quilibre entre ses mains, celui-l\u00e0 ne jettera plus sa bouteille dans les vagues.<\/p>\n<p>Le tourisme de p\u00eache est une \u00e9cole de sensibilisation \u00e0 ciel ouvert \u2014 la plus efficace qui soit, car elle enseigne par l&rsquo;\u00e9merveillement et non par le sermon. Une nation qui veut sauver sa mer doit commencer par r\u00e9concilier son peuple avec elle.<\/p>\n<p><strong>Ce qui doit \u00eatre dit, et vite<\/strong><\/p>\n<p>Que l&rsquo;on ne s&rsquo;y trompe pas : ce texte n&rsquo;est pas une oraison fun\u00e8bre. Pas encore. L&rsquo;oc\u00e9an a des ressources de r\u00e9silience qui d\u00e9passent notre entendement \u2014 le Banc d&rsquo;Arguin l&rsquo;a prouv\u00e9 partout o\u00f9 on a bien voulu le laisser respirer. Mais la fen\u00eatre se referme, et elle se referme vite.<\/p>\n<p>Ce qu&rsquo;il faut, chacun le sait d\u00e9j\u00e0. Un moratoire r\u00e9el, et non th\u00e9\u00e2tral, sur les zones et les p\u00e9riodes sensibles. Des contr\u00f4les qui contr\u00f4lent, des sanctions qui sanctionnent. Une remise \u00e0 plat des licences et des accords de p\u00eache, n\u00e9goci\u00e9s \u00e0 la lumi\u00e8re du jour et non dans la p\u00e9nombre des arrangements, et un examen sans complaisance de ces usines qui broient notre avenir. Une lutte frontale contre les filets fant\u00f4mes et la pollution de nos c\u00f4tes.<\/p>\n<p>Mais les lois ne suffiront pas si les consciences ne suivent pas. Il nous faut aussi \u00e9duquer \u2014 et ce chantier-l\u00e0 commence d\u00e8s l&rsquo;\u00e9cole. Que nos enfants apprennent que cet oc\u00e9an est leur h\u00e9ritage, avant qu&rsquo;il ne devienne leur regret. Que des campagnes m\u00e9diatiques, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, \u00e0 la radio, sur les r\u00e9seaux, rappellent inlassablement les gestes \u00e9l\u00e9mentaires : celui qui va \u00e0 la plage repart avec ses d\u00e9chets et les d\u00e9pose dans une poubelle, pas dans les vagues. Ce sont des \u00e9vidences, dira-t-on. Sans doute.<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;\u00e9tat de nos plages prouve que les \u00e9vidences, chez nous, ont encore besoin d&rsquo;\u00eatre enseign\u00e9es. Et par-dessus tout, un d\u00e9bat national \u2014 v\u00e9ritable, exigeant, d\u00e9rangeant \u2014 sur ce que nous voulons l\u00e9guer : une mer vivante ou le souvenir d&rsquo;une mer.<\/p>\n<p>Car le monstre du d\u00e9sert n&rsquo;est pas une fatalit\u00e9. Il est le produit de nos renoncements, et ce que nos renoncements ont fait, notre volont\u00e9 peut le d\u00e9faire. Les monstres, dans toutes les l\u00e9gendes, finissent par \u00eatre vaincus \u2014 mais jamais par ceux qui refusent de les regarder en face.<\/p>\n<p>L&rsquo;oc\u00e9an, lui, n&rsquo;attendra pas ind\u00e9finiment que nous ouvrions les yeux. Il a mis des mill\u00e9naires \u00e0 se construire. Nous avons mis trente ans \u00e0 le d\u00e9faire. Il nous reste, peut-\u00eatre, dix ans pour choisir.<\/p>\n<p><strong>Elwely OULD DAH<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Durant des milliers d&rsquo;ann\u00e9es, l&rsquo;oc\u00e9an Atlantique a v\u00e9cu au large de nos c\u00f4tes selon un ordre que rien ne semblait pouvoir d\u00e9faire. Les vagues, les mar\u00e9es et les saisons y composaient une partition immuable. 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