Ali Al-Sharafa : quand la richesse devient un moteur de solidarité et de construction nationale

Par : Mohamed Abderrahmane Al-Mojtaba, rédacteur en chef
La réflexion du penseur arabe Ali Mohamed Al-Sharafa Al-Hammadi sur la solidarité sociale repose sur une vision qui dépasse la conception étroite de la charité pour placer l’argent, la dépense et le don au cœur d’un projet éthique et humain visant à construire l’individu, la société et la nation.
Dans sa philosophie, l’argent n’est ni une fin en soi, ni une richesse dont la valeur se mesure à l’accumulation. Il constitue plutôt un dépôt, un moyen de contribuer au développement et à la construction, ainsi qu’une mise à l’épreuve de la responsabilité envers l’être humain et la société.
L’argent : un dépôt au service de la société
C’est de là que part l’idée centrale d’Al-Sharafa : la valeur de l’argent ne s’accomplit pleinement que lorsqu’il remplit une fonction sociale et humaine.
Celui qui possède ne vit pas séparé de sa société, et la richesse qui s’accumule loin des besoins des populations perd une partie de sa vocation. Ainsi, dans sa vision, dépenser ne signifie pas nécessairement réduire son patrimoine, mais orienter une partie de ses ressources vers ce qui produit un impact durable et une utilité plus large.
Investir dans l’être humain : un choix durable
Cette conception conduit directement à une deuxième idée développée par Al-Sharafa : la dépense la plus utile est celle qui contribue à renforcer les capacités de l’être humain.
Nourrir une personne dans le besoin permet de répondre à une nécessité immédiate, mais lui offrir une éducation peut lui ouvrir la voie vers l’autonomie. Soigner un malade contribue à préserver sa vie, mais permettre à une personne capable de travailler de retrouver son autonomie économique peut ouvrir, pour elle et sa famille, une perspective durable d’indépendance.
Ainsi, les formes les plus abouties du don ne sont pas nécessairement celles qui prolongent la dépendance à l’aide, mais celles qui donnent à l’individu les moyens de dépasser durablement sa situation de besoin.
De la charité individuelle à une culture de solidarité
C’est ici que la pensée d’Al-Sharafa rejoint une conception de la solidarité qui place l’être humain au cœur de la responsabilité sociale et du développement.
La zakat, l’aumône, le waqf et les différentes formes de contribution ne constituent donc pas uniquement des pratiques individuelles. Ils peuvent également jouer un rôle social en favorisant l’équilibre, en préservant la dignité humaine et en orientant une partie des ressources vers le développement de la société.
Dans cette perspective, la solidarité ne signifie pas simplement qu’une personne aisée aide une personne démunie, puis que la relation s’arrête là. Elle suppose que la compassion devienne une culture sociale et un principe régissant les relations entre les individus.
Une société solidaire est une société dans laquelle la précarité ne transforme pas l’être humain en exclu, et où la réussite et la prospérité s’accompagnent d’un sens de la responsabilité envers la collectivité.
Les valeurs arabes : de la générosité à l’action collective
Cette vision rejoint également ce qu’Al-Sharafa considère comme certaines valeurs profondément ancrées dans les sociétés arabes : la générosité, la solidarité, le secours aux personnes en difficulté et le respect du voisin.
L’enjeu, aujourd’hui, consiste à transformer ces valeurs, souvent exprimées à travers des initiatives individuelles, en mécanismes et en institutions capables de produire des effets durables dans des domaines tels que l’éducation, la santé, l’emploi et la connaissance.
La générosité cesse alors d’être seulement un geste ponctuel pour devenir une contribution structurée au développement humain.
De la solidarité nationale à la coopération entre les peuples
La réflexion d’Al-Sharafa ne s’arrête pas aux frontières de la société nationale. Elle élargit également la notion de solidarité aux relations entre les peuples.
Les États et les sociétés qui disposent de ressources, de compétences et d’expertise peuvent transformer leur contribution en un véritable levier de développement, au-delà des aides ponctuelles, à travers le transfert de connaissances, le renforcement des capacités, l’investissement, le soutien à l’éducation et à la santé, ainsi que la création d’opportunités économiques.
Le don peut ainsi devenir un langage commun entre les peuples et contribuer à renforcer les liens de coopération, la stabilité et le développement.
Donner les moyens d’agir plutôt que simplement assister
C’est dans cette perspective que peut être résumée l’équation qui sous-tend la vision d’Al-Sharafa :
L’argent est un dépôt, la dépense est une responsabilité, l’être humain est la finalité, la nation est l’espace de construction et la solidarité est le lien qui unit l’individu, la société et l’humanité.
Une dépense qui permet de construire une école, de soigner un malade, de donner à un jeune les moyens de travailler ou de préserver la dignité d’une famille n’est pas une dépense perdue. Elle se transforme en capital humain et social, puis peut revenir à la collectivité sous forme de savoir, de production, d’autonomie et de stabilité.
C’est pourquoi, dans cette approche, la lutte contre la pauvreté ne devrait pas se limiter à en atténuer les conséquences, mais également chercher à créer les conditions permettant à l’être humain de sortir durablement de la précarité.
Quand la richesse devient un investissement dans l’avenir
Ainsi, Ali Mohamed Al-Sharafa Al-Hammadi inscrit la question du don dans une perspective plus large : non plus seulement comme une vertu individuelle, mais comme une contribution à la construction de l’être humain, au développement de la nation et au renforcement des liens de solidarité entre les peuples.
La richesse qui contribue à faire d’un être humain une personne autonome, productive et digne dépasse son propriétaire pour bénéficier à l’ensemble de la société. De même, l’argent transformé en savoir, en soins, en opportunités et en dignité peut devenir une composante de l’avenir collectif.
Au fond, la question n’est donc pas seulement : combien possédons-nous ?
Elle est aussi : que faisons-nous de ce que nous possédons ?
Il existe une richesse conservée dans les coffres, et une autre investie dans l’être humain. La première se mesure en chiffres ; la seconde se mesure à l’impact qu’elle laisse dans la vie des personnes, dans la solidité des sociétés et dans l’élargissement des liens de solidarité.
Section Traduction – Al-Sada



